mardi 1 novembre 2011

Mer Morte

Journée au départ de Madaba en direction de la mer Morte.

Première étape du périple: le mont Nébo. C’est là que Moïse, après avoir conduit les enfants d’Israël hors d’Égypte, aurait, juste avant de mourir à l'âge de 120 ans, aperçu la Terre promise dont Dieu lui avait interdit l’accès. Comme on peut lire dans la Bible, citée par le Lonely Planet, la bible du voyageur:
Ce jour-là, le SEIGNEUR dit à Moïse:
«Va sur les montagnes des Abarim, dans le pays de Moab, en face de la ville de Jéricho. Monte au sommet du mont Nébo et regarde le pays de Canaan, que je vais donner en partage aux Israélites.
Ensuite, sur cette montagne où tu seras monté, tu mourras pour rejoindre tes ancêtres.» (Deutéronome 33, 48-50).

Du haut du mont Nébo, un vaste panorama s’ouvre en effet sur la vallée du Jourdain, la mer Morte et les territoires bibliques. A la suite de Moïse, je découvre la Terre promise:





N’ayant pas été frappé d’interdit divin, je peux poursuivre mon chemin. Mais les contingences de ce monde ont vite fait de vous rattraper dans cette région troublée. La route qui longe la mer Morte est placée sous haute surveillance: Israël et les territoires occupés ne sont qu’à un jet de pierre. Les contrôles routiers sont fréquents: à deux reprises nous nous retrouvons devant des check-points de l’armée jordanienne. Les deux londoniens et moi qui avons loué un taxi pour cette excursion faisons un sourire poli au gentil soldat et laissons notre chauffeur lui expliquer qui nous sommes et la raison de notre présence sur cette route. Bien sûr, il ne faut pas dramatiser: ce sont de simples contrôles de routine et aucune tension particulière n’est palpable. Nos passeports ne sont même pas contrôlés. Mais cela fait toujours étrange de se retrouver dans la ligne de mire d’un véhicule blindé coiffé d’une mitrailleuse...

Arrivé au bord de la mer Morte, le temps est venu de faire l’expérience de cette eau si particulière. La mer Morte n’est en fait ni une mer ni morte, même si les pauvres poissons de Jourdain font demi-tour et prennent leurs jambes à leur cou (si j'ose dire) dès qu’ils arrivent dans ces eaux dont le taux de salinité est près de dix fois supérieur à celui des océans.

Conséquence de cette salinité extrême pour le nageur: il flotte! Il suffit de se laisser porter et vous pouvez rester assis ou allongé sur l’eau et lire votre journal. C’est une expérience saisissante: marcher jusqu’à avoir de l’eau au niveau des épaules, lâcher prise et laisser la gravité vous faire basculer d’une position verticale à une position horizontale. Vous pouvez ouvrir vos bras et vos jambes comme un écartelé, vous ne coulez pas!

La petite plage d'Amman Beach:



Sur l’autre rive: la Cisjordanie.



Curieusement, on ne sent pas vraiment ce taux de salinité lorsqu’on est à l’eau. C’est plutôt l’aspect huileux de l’eau qui frappe le plus. C’est assez agréable: l’impression d’avoir la peau très douce.

Enfin, dernière caractéristique de la mer Morte: c’est le point le plus bas du globe terrestre, puisque son rivage se situe environ 420 mètres en dessous du niveau de… la mer (il faut suivre…). C’est la première fois que mes oreilles se bouchent en me rendant à la mer.

Reprenant la voiture et longeant la côte en direction du Sud, il est possible de profiter d’un splendide panorama sur la mer Morte. C’est clairement le meilleur moment de la journée, celui pour lequel il faut laisser parler les photos, même si elles n’offrent qu’un compte-rendu bien modeste de l’expérience.







L’eau est tellement huileuse que les nuages s’y reflètent.

Enfin, toujours près des rives de la mer Morte, un petit arrêt en fin de journée aux sources chaudes de Hammamat Ma'in, elles aussi situées en dessous du niveau de la mer. Il s’agit d’une cascade d’eau à environ 60°C, très riche en minéraux. L’expérience consiste aussi à laisser la cascade vous fouetter le dos. Comme ici mes deux compagnons de voyage avec notre chauffeur au premier plan:



L’eau arrive avec une force incroyable, mais le tout est finalement très relaxant.

Notez enfin l’égalité des sexes version orientale: les femmes se baignent en tchador avec la marmaille dans la petite piscine du bas tandis que les hommes se pavanent en caleçon aux étages supérieurs (et les touristes au milieu).



Sur la route du retour, le soleil se couche sur la mer Morte:

Jordanie

Maintes tentatives de repartir en voyage ont été avortées par un trop plein de travail, par le calendrier capricieux de certains mandats, puis par les grèves générales des Grecs manifestant pour exiger que les Allemands paient leurs impôts à leur place.

Enfin une fenêtre s’ouvre pour une dizaine de jours début novembre. Cherchant une destination pas trop éloignée de l'Europe mais d’un climat agréable en cette période de l’année, je me suis souvenu des quelques repérages que j’avais effectués il y a quelques temps au sujet de la Jordanie. Vérification faite: beau temps assuré début novembre, températures agréables en journée et fraiches la nuit, c’est la saison idéale pour partir en Jordanie. C’est d’ailleurs la haute saison touristique…

… avec une fréquentation de basse saison. Les agitations dans les pays voisins depuis le «printemps arabe» ont fait fuir les touristes. C’est un peu comme si les gens n’allaient plus en vacances en France à cause des émeutes qui ont ébranlé l’Angleterre, mais bon, je me dis que c’est l’occasion ou jamais de visiter Petra en haute saison sans les inconvénients de la haute saison. J’apprends en plus que c’est le 200e anniversaire de la redécouverte de Petra. Adjugé, ce sera la Jordanie.

mardi 25 janvier 2011

SIPAR

Pour terminer ce voyage sur une note plus réjouissante: après le passé, le futur du Cambodge.

Les Khmers rouges détruisaient les livres et tuaient ceux qui pouvaient les lire. Aujourd’hui encore, près de la moitié de la population du Cambodge est illettrée. C’est dans ce contexte que l’association SIPAR mène depuis des années de multiples actions de promotion du livre et de la lecture.

Ma sœur a travaillé avec cette association il y a une dizaine d’années. Profitant de ses contacts, je pars une matinée dans une banlieue déshéritée de Phnom Penh avec l’un des bibliobus de l’association. Des enfants en âge préscolaire découvrent le plaisir de la lecture.













lundi 24 janvier 2011

Tuol Sleng

Après les visages d’Angkor Thom, les visages de Tuol Sleng.



Tuol Sleng (ou S-21) fait partie de ces lieux qui vous sont familiers avant même de les avoir visités. Tout le monde a déjà vu des images de cet ancien lycée transformé par les Khmers rouges en centre de détention, de torture et d’extermination.



"Familiers": le terme peut paraître déplacé et pourtant l’aspect ordinaire de ce lycée de quartier de Phnom Penh – dont l’ancien nom, Tuol Svay Prey, signifie "Colline du manguier sauvages – est indissociable des sentiments que suscite sa visite. Le lieu est tellement banal, ses escaliers sont si proches de mes propres souvenirs de lycéen, les bruits de la ville sont perceptibles à travers les fenêtres des salles de cours. Mais évidemment, les cachots aménagés dans l’un des bâtiments, les salles de classe avec leur tableau noir transformées en salles de torture et les traces de sang encore visibles au plafond témoignent de ce qui s’est passé ici entre 1975 et 1979. Tout ce mélange d’ordinaire et d’horreur est profondément troublant.



Le plus impressionnant vient de ces centaines de portraits de prisonniers dont aucun ne pouvait survivre car le lieu devait demeurer secret. Ces visages semblent vous épier, comme si vous exploriez ce lieu sous le regard des victimes qui y ont été suppliciées.

dimanche 23 janvier 2011

Phnom Penh

Le Palais royal de Phnom Penh:





Le somptueux musée national qui abrite notamment une superbe collection de sculptures khmères:

jeudi 20 janvier 2011

Banteay Srei

Situé à une vingtaine de kilomètres au Nord d'Angkor Vat, Banteay Srei est longtemps resté fermé au public, d'abord pour des raisons de sécurité, puis dans les années 2000 pour une longue restauration (conduite par la Suisse!).

C'est l'un des temples khmers les plus anciens (10e siècle), les plus petits, mais incontestablement l'un des plus beaux. Beaucoup le considèrent comme le joyau de l'art khmer. C'est en tout un cas un vrai petit bijou, peut-être le temple que j'ai préféré. Construit en grès rose d'une excellente qualité, il est particulièrement bien conservé et laisse apparaître des sculpture d'une richesse exceptionnelle. C'est d'ailleurs l'une de ces sculptures qu'André Malraux tentera de voler dans les années 1920.













mercredi 19 janvier 2011

Rolûos

Rolûos est le nom moderne du site de l'ancienne capitale khmère, située à une quinzaine de kilomètres au sud-est d'Angkor Thom. C'est là que l'on trouve les temples les plus anciens, construits au 9e siècle, alors que les temples les plus récents d'Angkor datent du 13e siècle.

Situés à l'écart des autres temples de la région d'Angkor, ces temples ont aussi l'avantage d'être beaucoup moins fréquentés que les autres, ce qui rend leur visite nettement plus agréable.

Le plus célèbre d'entre eux est le Bakong, premier temple-montagne:









C'est à côté du Bakong, toujours sur le site de Rolûos, que l'on trouve le plus ancien temple d'Angkor, le Preah Kô, construit en 880 et étonnamment bien conservé:





Bayon

Le Bayon est sans doute l’une des constructions les plus fascinantes que l’on puisse visiter au monde. En raison de sa monumentalité bien sûr, mais surtout de ses multiples tours à visages qui semblent vous observer.













Le Bayon est le temple central d’Angkor Thom, la capitale de l’Empire khmer du début du 13e siècle. Il est situé à l’intersection des routes reliant les quatre portes Sud, Nord, Est et Ouest de la ville. Aujourd’hui encore, vous passez devant le Bayon à de multiples reprises lorsque vous visitez les temples d’Angkor. Venant de Siem Reap, la ville moderne où vous logez, et passant devant Angkor Vat, vous entrez par la porte Sud d’Angkor Thom et décidez, en arrivant devant le Bayon, de poursuivre votre route par exemple vers la porte Est pour visiter Ta Prohm ou vers la porte Nord pour visiter Preah Khan.

Porte Sud d'Angkor Thom:



Après avoir grimpé les escaliers bien raides qui vous conduisent en haut du Bayon, vous essayer en vain d’imaginer comment ces ruines aujourd’hui perdues au milieu de la forêt ont pu constituer le cœur de la capitale d’un Empire gigantesque, le centre d’une ville d’un million d’habitants, la plus peuplée que le monde ait connu avant l’ère industrielle. Bref, vous essayez de vous représenter à quoi pouvait bien ressembler la vie de cette cité et quelle signification ses habitants pouvaient conférer à un tel temple.

Preah Khan

Un de mes temples préférés aura été Preah Khan. Il ne figure visiblement pas au programme des tours coréens et sa taille importante permet d’ "espacer" les visiteurs. Je me souviens y avoir passé plusieurs heures en profitant de conditions de visite idéales













mardi 18 janvier 2011

Ta Prohm

Autre grand classique des temples d’Angkor, le Ta Prohm, envahi par la végétation et les racines tentaculaires des fromagers.











Malheureusement, le spectacle est en grande partie ruiné, si j’ose dire, par le défilé incessant des groupes de touristes coréens. La magie du lieu supposerait de pouvoir visiter le site en silence et se laisser envahir par les bruits de la forêt. Or, vous vous trouvez continuellement encerclé par des troupeaux de touristes piailleurs en chemises fluo. Ces groupes sont une source de pollution sonore et visuelle invraisemblable dans les temples et je n’arrive pas à comprendre pourquoi ils ne sont pas interdits. L’organisme responsable de la gestion des sites semble encourager ces comportements en installant de manière irresponsable au milieu des ruines des "pupitres" hideux pour permettre aux gens de se prendre en photo devant les racines.



Le temple est grand et j’y ai passé deux bonnes heures. Par moments, le miracle se produit et vous pouvez, pendant une minute ou deux, entendre les bruits de la forêt et avoir l’impression d’être seul au milieu des ruines.